mercredi 17 avril 2013

Darou Salam, un exemple de bon voisinage


Entre les villages de Gniling Mbao et de Dégou-Niayes, aux alentours du fleuve Sénégal, juché sur une abondante bande de sable, Darou Salam transpire de la vie. Tout semble converger pour justifier le nom du village : la Cité de la paix. La brise de la mer s’ajoutant à celle du fleuve offre l’impression d’une rare douceur.
Au premier coup d’œil, des constructions inhabituelles distraient l’attention du visiteur. Mis à part des bâtiments que l’on rencontre dans tous les villages du Gandiol, ce qui distingue nettement l’habitation des Maures est leur gout réputé pour les « Khayma », faits d’un assemblage de plusieurs tissus harmonieusement reliés à l’aide de solides aiguilles pour que l’ouvrage soit durable. C’est dans-ou sous-cet édifice que la plupart des causeries diurnes se font, entrecoupées de tasses de thé siroté à tour de rôle. Au lever du jour, en plus du thé, il est servi du lait de chameau contenu dans des bouteilles d’un litre. Ces discussions ont aussi lieu aux moments entourant le repas à l’heure du repos. L’activité principale des Maures de Darou Salam gravite autour du commerce et de l’élevage. L’agriculture existe également même s’ils l’exercent le plus souvent à travers des saisonniers qu’ils emploient dans leurs champs.
En ce dimanche, aux dernières heures d’une après midi relativement chaude, l’ambiance est à la détente. Le vieux Bamba Fall, soixante- six ans, l’air abattu, vêtu d’un grand boubou bleu, est assis  dans la cour de sa maison. La cohabitation de l’ethnie dont il est issu avec les autres couches sociales du Gandiol est quelque chose qu’il a en grande estime. C’est non sans une apparente émotion qu’il retrace une histoire plus que centenaire marquée par des relations cordiales que ses parents et lui ont entretenue avec les Peuls et les Wolofs. D’une voix douce comme pour ne pas heurter les personnes qu’il évoque dans son témoignage, Fall rappelle que la bande qu’il formait avec ses camarades des autres ethnies a été nourrie au même lait maternel. Son récit est ponctué de percutantes anecdotes. C’est le cas lorsqu’il en arrive à la crise diplomatique entre le Sénégal et la Mauritanie, crise dont l’origine remonte au 9 avril 1989. Ce jour-la, un accrochage entre des bergers peuls mauritaniens et des paysans soninkés sénégalais allait envenimer un voisinage déjà précaire entre deux pays frères. Deux Sénégalais furent tués, plusieurs retenus en otage avec l’intervention de l’armée du voisin septentrional. Des souvenirs douloureux que charrie sa voix. Souvenirs d’autant plus pénibles que la suite de cette rixe  est une série de meurtres inconsidérés entre les deux voisins.
Le vieux Bamba n’a connu que le Gandiol : c’est là où il a vu le jour en 1947 même si, par la suite, il a séjourné dans la sous-région, notamment en Mauritanie et en Côte d’Ivoire avec un de ses amis d’enfance peul, Assane Kâ.  Il raconte que, dans un passé moins récent, les Maures n’entendaient aucunement convoler avec, par exemple, les Wolofs et les Peuls.  Mais ce tabou a fini par céder sous la poussée des brassages culturels à la mode. Toutefois, il précise que certains Maures n’avaient aucun scrupule à prendre le chemin de l’exil pour vivre en toute paix avec l’élu(e) de leur cœur. Pendant qu’il parlait, sa fille interrompt la discussion en lui apportant du lait dans une carafe.
Plus loin, Zeynab, la sœur du vieux Bamba, de près de six ans, sa cadette, assise sur une natte, devant sa porte.  Elle exhume elle aussi les souvenirs des confrontations raciales sénégalo-mauritaniennes de 1989. Au sujet du massacre des Maures par des Sénégalais, Zeynab martèle que « les Peuls et les Wolofs ont porté secours aux habitants de Darou Salam ». « Rien de dommageable ne nous était arrivé, si ce n’était le vol de notre bétail, modère-t-elle ». Le pas encore alerte, la moindre plissure sur le visage, elle semble moins jeune que les souvenirs qu’elle évoque. Zeynab confie que pendant un mois, les Maures de Darou Salam ont vécu dans la frayeur générale. Et ce, à cause surtout de la désertion du village par les jeunes qui travaillaient à Dakar et à Thiès et qui ont été embarqués pour la Mauritanie.  Il ne restait donc que des personnes âgées.  Mais Peuls et Wolofs ont volé à leur secours ainsi que les agents des eaux et forêts de la localité, qui, dès 17 heures, montaient la garde dans le village.
Ces témoignages sont accrédités par  les ethnies évoquées, à l’exception de ceux liés au vol de bétail. Néanmoins, c’est un démenti qui n’a pas l’allure d’une polémique, voire d’un sérieux. Les villageois parlent joyeusement de la crise de 1989 comme si elle n’avait pas laissé en eux des relents de désolation. Ce qui explique ce curieux état des choses, c’est que son évocation est l’occasion de se lancer des blagues du genre « telle ethnie a bien volé nos troupeaux ».
L’émotion de cette tragique césure raciale entre le Sénégal et la Mauritanie retombée, les relations sont au beau fixe à Gandiol. Une complicité existe entre ces différents acteurs renforcée par les liens que Bamba Fall décrivait plus haut. Des mariages exogamiques aux visites respectives en passant par les commerces communs qui rythment le quotidien de toutes ces ethnies, parler de réconciliation devient anachronique.
Situé entre trois infinis : l’infini du sable, l’infini du ciel et l’infini de l’eau fluviale, le village de Darou Salam, appelé aussi Lakhrar, charrie de la vie. De plus en plus métissés au contact des autres ethnies, ses habitants, quoique n’étant pas énarques, entretiennent une exemplaire diplomatie de bon voisinage avec les autres ethnies du Gandiol.

Le PCR Pape Cheikh Thiam, un acrobate politique


L’ascension politique du président du Conseil rural de Ndiébène Gandiole n’a rien d’extraordinaire. Mais son histoire –qui s’écrit encore- n’est pas banale. Né en 1968, une année révolutionnaire qui a vu céder des interdits séculaires, Pape Cheikh Thiam entend restituer à la politique son sens originel : servir la Cité. Ses moyens sont limités, mais son désir d’action infini. Connaissance avec celui qui ne trouve aucun scrupule à déclamer que la politique est son sport de prédilection.
S’il est un passé qui ne passe pas, c’est bien celui de Pape Cheikh Thiam. A treize ans, une fêlure brutale et douloureuse s’opère dans sa vie : sa mère le quitte à jamais. Dame dont il parle avec amour et reconnaissance. Un regret d’autant plus amer qu’élu à la tête de sa communauté rurale, Thiam n’a su porter en triomphe une maman qui l’a forgé pendant de longues années.
Celui qui est devenu le premier PCR de Ndiébène Gandiole a eu une jeunesse bien pénible. Voilà ce qui a freiné son cursus scolaire en classe de sixième déjà. Sa mère aux conditions fort modestes n’a su continuer à financer ses études ainsi que celles de ses frères. L’enfant plie, mais ne rompt pas. Aujourd’hui encore, acharné plus que jamais à apprendre, Pape Cheikh trimbale avec des ouvrages. Et ce, précise-t-il, pour ne pas être mené par le bout du nez dans ses relations avec les autres où la maîtrise de ce que l’on avance s’avère une exigence fondamentale.
Dame Thiam a aussi été à l’école coranique. Il eut un marabout, à en juger par ce qui suit, d’une rare prévenance puisqu’il lui a donné la main de sa fille. Pape Cheikh est un polygame de deux épouses, père d’une fille.
De taille élancée, un style vestimentaire pas vraiment recherché, le pas encore alerte, Dame Thiam doit avoir quelque chose à voir avec un acrobate. Le repos est le cadet des soucis de ce PCR qui, du matin au soir, parle, gesticule, part d’un lieu à un autre sans jamais s’interrompre. Sa maison ne désemplit presque jamais, « assiégée » qu’elle reste par ses amis, de simples visiteurs quand ce ne sont des anonymes venus le consulter.  Toutes choses qu’il accepte en bonne logique : « Parfois, c’est un peu fatigant, mais je n’ai pas le droit de me plaindre parce que personne ne m’avait forcé (Ndlr, forcé à devenir PCR) ».
Thiam est d’une prodigalité sans bornes. Ses proches ne tarissent point d’éloges sur lui. Une générosité contrebalancée par une forte exigence dans le travail. Ses premières armes politiques décisives, il les a affûtées en tant qu’élu de la communauté rurale de Gandon, celle dont le Gandiol a longtemps dépendu avant de s’en affranchir –ou plutôt d’en être affranchie- en 2009. De là, il a acquis une solide expérience assortie d’une connaissance profonde de l’histoire du Gandiol qui ne se démentent jamais.
Très jeune, cet homme a porté la politique dans son cœur. Il se risque même à des maximes du genre « si vous ne voulez pas perdre, n’y entrez surtout pas ! ». C’est son sport préféré comme il le martèle, plus qu’un sport de préférence, c’est même d’un sport de combat qu’il s’agit.
L’idéologue du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) exerçait un irrésistible attrait sur le jeune homme. Assoiffé d’engament qu’il est, Dame Thiam s’est laissé aller le plus simplement du monde. Abdoulaye Wade était devenu alors sa coqueluche, son inspirateur favori : « Vous savez, très tôt, nous avons suivi l’ancien président de la République Abdoulaye Wade. A chaque fois, quand nous le voyions apparaitre à la télévision, c’était toute une jeunesse qui l’accompagnait en scandant « Sopi, Sopi ». Ça  nous fascinait ».
Mais si la verve généreuse de son tribun à lui était déterminante dans son enrôlement au PDS, elle n’en était pas le seul facteur explicatif. Des liens de parenté forts rapprochent l’élève et le maître. Le premier est en effet le petit-fils de la sœur du second : Maréma Wade. Cette dernière est « la mère de ma mère, Maimouna Mbengue », explique l’actuel président du Conseil rural de Ndiébène Gandiole.
L’échéance électorale pour les locales est une perspective qui n’inquiète pas Pape Cheikh. Il est convaincu que les populations ont bien apprécié son travail depuis 2009 à la tête de la communauté rurale. Un souvenir ? Le 25 Mars 2012 quand Abdoulaye Wade s’est avoué vaincu au sortir de l’élection présidentielle, ça n’a vraiment pas surpris Pape Cheikh Thiam qui trouve que c’était prévisible en raison d’une polarisation de l’opposition contre la candidature du président de la République.   Reste à voir non pas l’avenir de son idéologue, mais son avenir propre dans un terroir où ses concurrents ne manquent pas.

jeudi 28 mars 2013

Gabriel, l'ange des mots


Photo: Ousmane Gueye
Il a marqué sans aucun doute les étudiants de deuxième année du Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’Information (CESTI). Les mots ont fini par se conformer au rythme de cet enseignant de phonétique générale et expérimentale  qui sait les plier à la loi de l’enchainement et de la liaison. Avec Gabriel Marie Guèye, l’élocution peut compter sur un allié convaincu qu’il faut une exigence implacable dans nos rapports à la prononciation.  Ce  « vieillard » de cinquante sept ans, si attaché à Mozart, est un fervent admirateur du poète Léopold Sédar Senghor. Tous deux Sérères. Tous deux sortis des entrailles de la campagne, montés respectivement à Strasbourg et à Paris. Sauf que pour Gabriel, il était urgent de franchir l’Atlantique à destination du Sénégal après sa thèse de doctorat en phonétique
D’une personnalité lumineuse, le phonéticien ne manque jamais l’occasion de s’assurer de la clarté de ses explications. Avec des astuces qui font mouche, bien à lui, il sait transmettre l’essentiel sans déplaire. Jeux de mots et provocations sont au rendez-vous quand il le faut. Un jour, en classe, il nous a confié avoir regardé des nouveaux bacheliers à la télévision. Ces derniers furieux pour n’avoir toujours pas été reçus à l’université plaidaient leur cause en disant « nous, les non zorientés ». « C’est peut être le fait qu’ils aient mal prononcé qui explique justement leur non-orientation », sourit Gabriel Marie Guèye. Ce trait d’humour ravageur laisse découvrir ce côté gai de notre enseignant. Cette bonne humeur n’est que l’un des maillons de la « chaine artistique » du phonéticien. Un art dans la transmission du savoir focalisant l’attention des étudiants qui l’apprécient beaucoup.
Le pas faussement nonchalant, une taille avoisinant un mètre quatre-vingt-six, Gabriel Marie Guèye s’emploie à défier le temps. Quelques heures de jogging suffisent, pour ce faire, à ce fanatique du couscous. Un exercice qu’il s’impose sûrement pour se donner assez de santé et assumer ses charges coutumières à Mont-Rolland.  Cet enseignant de phonétique est un chef traditionnel, titre qu’il a hérité de son père. Dans cette communauté sérère, c’est au chef coutumier qu’incombe la délicate tâche d’arbitrer les conflits. Ce qui conduit Gabriel Marie Guèye à se rendre régulièrement à Fouloune, son village natal.
Sa carrière universitaire aurait été tout autre, celle d’un enseignant de français sûrement. Des études de langues anciennes l’y préparaient. Après son passage au Lycée Malick Sy de Thiès où il a obtenu un baccalauréat A1, Gabriel a été reçu au département des lettres classiques de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar.
C’est sans peine qu’il y a suivi des études de français, latin et grec jusqu’en maîtrise. Tout le prédestinait donc à l’enseignement dans les lycées jusqu’au jour où le hasard eut raison de ses attentes : « Je descendais de mon département et j’ai vu  sur une porte PHONETIQUE. J’y suis allé un peu par curiosité ».
Senghor, un modèle
Le jeune ressortissant de Fouloune, village situé à quinze kilomètres de Thiès, avait alors mordu à l’« hameçon de la phonétique » pour toujours.  Une riche trajectoire s’ouvrait lentement  à lui. A l’université, Gabriel ne s’ennuyait pas du nombre croissant de ses diplômes en linguistique, en langues anciennes comme en phonétique. Loin s’en faut. Ce qui lui a valu d’ailleurs l’obtention d’une bourse d’études étrangères de la part de Léopold Sédar Senghor. Sans l’avoir jamais demandé.
En ce temps, l’influence du premier agrégé de grammaire de toute l’Afrique était réelle sur les jeunes générations. Le mot d’ordre qui agitait l’époque, était en toute vraisemblance, l’émulation. De Cheikh Anta Diop à Cheikh Hamidou Kane, les modèles à suivre étaient légion. L’inspiration pour les bonnes conduites coulait de source. C’est ainsi qu’après sa thèse en phonétique à Strasbourg, l’ancien élève du Collège des Garçons de Mont-Rolland repartit aussitôt au pays avec ses condisciples sénégalais. La mode intellectuelle était au culte du patriotisme. Une ligne que Gabriel Marie Guèye dit être dictée par le fait que leurs bourses ont été financées par les masses indigentes de la profondeur des campagnes : paysans, maçons, éleveurs. « Dans ce cas, le seul choix qui se fût offert à nous était de revenir servir au pays », glisse-t-il.
Ce signe ne trompe pas. L’enseignant est d’une générosité désarmante. Il s’efface toujours  derrière une haute stature qui laisse découvrir un mariage harmonieux d’une chemise et d’un pantalon super cent.  C’est cela une de ses façons favorites de célébrer la simplicité.

Il était une fois, la République des "privilèges"


Le montant de la fortune présumée de Karim Wade, fils de l’ancien président de la République du Sénégal, a quelque chose de déroutant : 694 milliards de francs CFA.  Après sa mise en demeure, vendredi dernier, il est désormais mis au défi d’apporter la preuve de son innocence. Et ce, pour éclairer la lanterne d’une frange de l’opinion sénégalaise pour qui le régime dit de l’Alternance a gouverné le Sénégal sous le mode du « deux poids, deux mesures ».  
Au regard des faits, Karim Meissa Wade a eu le mérite de refléter, à lui tout seul,  le Sénégal tel que le voulait manifestement le « révolutionnaire » Wade. D’un côté, des citoyens éclairés, intelligents et qui ne devaient répondre de rien, de l’autre, des sujets réduits à tout accepter jusqu’à l’inexprimable. Bien sûr que selon lui, Wade fils est dans la première classe et le papa ne s’est jamais lassé de le ressasser comme lors du 13ème  sommet de la Francophonie à Montreux.
Comme il n’est connu que de trop, le président partisan a couvert son fils de sa sollicitude de papa jusqu’à  débarquer Macky Sall de la présidence de l’Assemblée nationale. Idrissa Seck, Bara Tall, pour ne citer que ceux-là, ses opposants visiblement encombrants – et tous ceux qui passaient ou pouvaient passer  pour tels – étaient trainés pour un oui ou pour un non devant les tribunaux.
Passé ce Sénégal des riches et des pauvres, des justiciables et des privilégiés, ne faudrait-il pas  maintenant un pays où tous les individus répondent de leurs responsabilités respectives ? Que tous ceux qui pensent encore, par clientélisme -peut- être –  plus que par devoir de loyauté,  défendre le fils de leur idéologue passe encore. Mais dire que Karim Meissa Wade ne doit pas s’expliquer sonne comme une injure à tous les fils de ce pays. Qui est-il donc pour ne pas rendre compte de sa gestion ? Le protégé d’un ancien président de la République ? Le fils de Viviane ou le frère de Sindiély Wade ?
Certains de ses partisans affirment que les convocations répétées de Karim relèvent d’une ténébreuse machination politique en vue de l’écarter de la marche vers le pouvoir. C’est un prétexte ridicule s’il en est. Celui qui doit aujourd’hui répondre de ses avoirs supposés aurait demeuré un individu presqu’inconnu si ce n’était les soins exorbitants dont son papa l’avait entouré. Qu’il existe ou non n’a aucune incidence sur la marche de la République qui a déjà connu ses splendeurs et continuera d’en connaitre.
Il n’est pas besoin de faire du scandale autour de la mise en demeure qui lui a été faite. Il n’a jamais été dit qu’il est coupable de quoi que ce soit. Karim Meissa Wade bénéficie de la présomption d’innoncence. Possibilité lui est donc accordée d’apporter la preuve qu’il est aussi immaculé qu’il le prétend, aussi blanc que le boubou qu’il avait enfilé lors de sa dernière audition.

mardi 5 février 2013

Faut-il s’indigner ou se griser de l’accueil de François Hollande au Mali ?

Source: RFI
Si l’euphorie jubilatoire des populations libérées doit être appréciée à sa juste mesure, il convient d’y voir le signe évident d’un échec des pays africains.
Tous ces chefs d’Etat qui s’agitaient –et continuent de le faire- n’ont pu exécuter le moindre geste salvateur pour estomper l’avancée des Islamistes. Cette percée soudaine et violente des « fous de Dieu », parce que n’ayant rencontré aucun obstacle, s’est donné tout le loisir de s’étendre et de s’installer dans un contexte de chaos absolu. J’ai observé hélas ces scènes d’inhumanité avec la même désolation, la même détresse que toutes ces populations prisonnières de la loi implacable des barbus. Certes, l’ « opinion publique internationale » disserte abondamment sur la débandade de l’armée malienne, les tergiversations de la Cedeao, de la « Communauté internationale »…
Mais on oublie peut-être que c’est toute cette lâcheté généralisée qui explique la barbarie systématique que les Islamistes ont infligée durement et durablement aux populations du Nord. Aussi surprenante que puisse être ma proposition, j’en appelle à une reconnaissance unanime de notre culpabilité et de notre responsabilité. Il faut que nous ayons l’humilité de regarder en face tous ces pauvres aux membres sectionnés, aux corps chicotés, tous ces corps sans vie, pour leur exprimer notre pardon et notre compassion. Aussi, est-il inacceptable (pour nous Africains en tous les cas) de jouer toujours les sapeurs pompiers après l’incendie.
Nous avons en horreur la douloureuse expérience de la Côte d’Ivoire où un Président déchu par le peuple s’est accroché au pouvoir. Je ne rêve pas, mais me reviennent à l’esprit les sévices que feu Kadhafi a fait subir aux Libyens. Au sujet de ces deux dossiers, l’Afrique a observé faire et défaire.
Pour en revenir à François Hollande, je partage bien l’éditorial du Journal Le Monde d’aujourd’hui à son propos. Il s’est exprimé avec un surprenant sens de la nuance et de l’humilité. Je ne l’attendais pas sur ce terrain qu’aurait bien déserté un Nicolas Sarkozy dont le Discours de Dakar est encore présent dans nos esprits.
Toutefois, je récuse le parallèle qu’a établi l’actuel homme fort de l’Elysée quand il a dit que nos « tirailleurs » ont libéré la France et que donc, cette dernière, en venant au secours des Maliens, ne le fait que par devoir de reconnaissance. Le contexte a changé, les enjeux ne sont évidemment pas les mêmes.
Olivier Roy a bien souligné ces spécificités et c’est une analyse que j’accepte sans grande nuance.
Mais ce sur quoi je veux insister, c’est que nos « tirailleurs » ne se sont pas faits prié pour voler au secours de la France ; ils y ont été obligés.
Le deuxième point, c’est, à ce que je sache, aucun Chef d’Etat africain n’a posé son pied en France et n’a été accueilli en libérateur par les populations. Le troisième, il n’y a pas un « Thiaroye » version française. Toutes exceptions qui font que le parallèle établi par François Hollande serait trompeur. Nous n’avons à être fiers de rien. Soyons plutôt préoccupés à trouver des solutions adéquates et à temps à nos problèmes.

samedi 2 février 2013

Les rationalités meurtrières


Il y a déjà quelques temps que je réfléchissais au hiatus entre ce qu’une certaine élite déclare comme étant ses idéaux et ce qu’elle fait en réalité. Cette analyse m’a valu Les rationalités meutrières que j’avais alors publié au titre de chronique sur le site du Journal Le Campus(UGB). C’est ce texte que je publie ici.
En cherchant à documenter cette réflexion qui me taraude depuis maintenant plusieurs années, un auteur a particulièrement focalisé mon attention. Il n’a pas attendu que je l’invite ; il a fait irruption dans mes pensées au moment où je m’y attendais le moins. L’histoire de notre rencontre remonte précisément le 08 Mars 2009 sur les ondes de Radio France Internationale grâce aux IDEES de Benoit Ruelle. Sur ces entrefaites, l’auteur arrachait déjà mon affection et un de ses ouvrages majeurs me marque, s’il n’achève de m’hypnotiser. Ayez l’amabilité de me pardonner pour vous avoir tenu en haleine jusque là. Je voulais bien vous parler de mon héros. J’ai nommé l’écrivain franco-libanais, Amin Maalouf, prix Goncourt 1993 pour le Rocher de Tanios-entre autres distinctions.
Amin est aussi l’auteur de l’essai Les identités meurtrières dont voici l’argument : L’auteur s’indigne des comportements humains lorsque l’affirmation de soi vacille souvent avec la négation de l’autre.
Cet argument est le même que celui de ma réflexion. Sauf qu’il ne renvoie pas à la même pensée, encore moins au même contexte car je vous parle bien de Sanar très précisément.
En effet, il n’ya pas un théâtre plus révélateur en termes d’oppositions de goûts, de couleurs, d’humeurs, de préférences, de croyances que celui du campus de l’UGB. Voilà ce que nous appelons « rationalités » au sens boudonnien de « bonnes raisons ». Les esprits les plus perspicaces diront que la chanson est connue : les gouts et les couleurs, on ne discute pas. Toutefois, qu’en est il, comme à la lumière de l’argument d’Amin Maalouf, quand « l’affirmation de soi vacille souvent avec la négation de l’autre » ? Qu’en est –il quand chacun d’entre nous se dit être bien fondé de faire ce qu’il fait et de dénier à son camarade  le bien-fondé de faire lui aussi ce qu’il veut bien faire ?
A promener une observation pénétrante sur la vie à Sanar, on est que frappé par l’explosion de ces rationalités. Des notes de mbalax à celles de rap passant par le reggae amplifiées  tant et si bien  qu‘on est tenté de croire que ces mélomanes sont les seuls à exister sur ce campus !  Les plus raisonnables veulent faire la différence ô combien distinctive en l’occurrence : ils ont acheté des baffles pour mieux « vivre leur vie ».
L’émulation est forte au grand bonheur de la raison ! Car d’autres étudiants décident de se surpasser. Et pour ce faire, ils ne tarissent jamais d’inspiration : se regrouper au coin d’un bloc, histoire de fumer quelques cigarettes à l’envi au son des éclats de rires bruyants, des moqueries et autres quolibets que l’on peut entendre très à distance.
La fumée, on n’hésite pas à la laisser échapper dans les boutiques, les restaurants privés, les rues du campus au mépris de la morale et du respect qu’on doit à autrui. Je me demande qui sont ces personnes effrontées dont l’insanité des actes défie les prescriptions de la pudeur ? Pensent-elles que cette brousse de Sanar au fond de laquelle loge cette Université est une jungle ?
J’ai été témoin, très chers lecteurs, d’une scène montrant des sportifs dans une salle télé entrain de préparer mystiquement une rencontre. Leur plus grande trouvaille, c’est d’avoir inondé la salle de leur eau bénite et Dieu sait que le liquide coulait abondamment. Et cela, pendant que leurs camarades attendaient, interdits, dehors pour tenir une conférence.
Mais comment s’indigner de ces actes quand je constate que ceux des personnes qui devraient nous servir d’exemples sont parfois loin de valoir le détour ? Faisons un petit détour justement par les UFR pour mieux en juger. Ils sont nombreux, en effet, les étudiants dont les témoignages m’apitoient et cela m’est toujours resté en travers de la gorge. Me reviennent toutes ces causeries et discussions dans certains bureaux au sujet d’affaires purement personnelles pendant que des gens languissent à l’entrée, attendant leur tour. Il m’est arrivé un jour, au service pédagogique de l’UFR LSH, d’assister à l’ouverture des guichets après 10 heures pour un service qui devait fonctionner dès 9 heures du matin. Aussi, ai-je eu l’occasion de voir un des agents du personnel  éconduire des étudiants à 11h 18 minutes alors qu’ils en avaient encore jusqu’à 11h 30. Un camarade m’a même confié qu’un jour ce même agent a fermé le guichet à 10 heures au simple motif qu’il a commencé à travailler dès 8 heures. Mais qui lui a demandé de venir à cette heure ? Personne n’exige de lui, ni plus, ni moins que respecter strictement ce qui est affiché, puisqu’il ne travaille pas les samedis et dimanches.
Sur quel compte dois-je mettre toutes ces erreurs sur les attestations et notes des camarades étudiants en début d’année qui se débattent matin et soir pour se les faire corriger ?
Je me sens perdu et, comme un aveugle qui cherche son bâton, je titube, puis vacille… Je me sens comme un étranger. Exilé de l’intérieur que je suis, dans ma propre Université, je passe parfois mes journées à ruminer mon « altérité ».
Ce qui est étrange dans ce campus, c’est que toutes les personnes auxquelles j’ai fait allusion ici ne se prennent pour fautives puisque pensant avoir de « bonnes raisons » de faire ce qu’elles font. Chacune va son bonhomme de chemin. Voilà ce qui exacerbe ces rationalités meurtrières.

Par devoir de reconnaissance

EN 2009 à l'UGB (Saint-Louis) 

En Janvier 2011, l’équipe du Journal Le Campus UGB que dirigeait alors Ibrahima DEH devait tirer sa révérence. Dans la foulée de ce départ, je produisis ce témoignage.
Ils nous avaient tous mis le pied à l’étrier alors que, balbutiant, nous venions fraichement de débarquer au journal Le Campus. C’était par un soir du mois de Novembre 2008. Ils nous avaient reçu avec une inimitable amabilité. Dans la foulée de notre intégration, ils nous firent vite connaissance avec les techniques d’écriture journalistique. Ils avaient fait de notre formation une priorité, à la limite, obsédante. Aussi, n’avaient-ils point ménagé leur savoir pour nous aider à tracer le sillon du métier d’informateur. C’était le déploiement de la grande « artillerie stylistique » pour faire de nous ce que nous étions déjà devenu : de vrais apprentis journalistes. S’il nous était donné de témoigner des vices de l’administration sortante du journal Le Campus, voilà ce que nous en dirions !
Nous resterons, toute notre vie durant,  redevable à ces esprits transcendants dont l’image sera à jamais associée à celle de votre bimestriel. Ensemble, avec une patience doublée d’une résolution à toute épreuve, ils nous ont suivi pendant près de trois ans sans jamais s’en être prévalus. Et Dieu sait qu’ils le pouvaient ! Aux commandes d’un journal avec ses deux versions (papier et internet),  au cœur de l’actualité et à la prise des acteurs qui la font et défont sur ce campus en pays de connaissance, ce serait un jeu d’enfant que d’y arriver.
ô que non ! Loin de ces prétentions de bas étage, ces grands hommes se sont plutôt attelés  à travailler sans tambour ni trompette malgré tout le souci financier auquel ils ne manquaient pas de se confronter.
Le travail débordait même le cadre strict du siège du journal. En Effet, nous avions nos entrées et sorties chez ces messieurs prévenants. C’est souvent là, en dehors des réunions que nous les retrouvions pour discuter autour d’idées neuves et de suggestions à faire pour la bonne marche de l’entreprise.
La démission de l’administration à la tête de laquelle il y avait Ibrahima Déh,  crée un grand vide  dans nos cœurs. Elle nous laisse, sinon orphelin, du moins pensif. Nous espérons que ces lignes leur rendront un peu de ce que nous leur devons immensément.
Nous engageons la nouvelle équipe du journal Le Campus à faire de même que nos prédécesseurs, et mieux, à les surpasser. Nous en avons entièrement la capacité. Cela passera aussi par l’octroi à nos futures recrues de l’occasion d’éclore leurs potentialités et leur talent. Je sais qu’elles en auront à revendre.
Il ne nous reste qu’à vous convier, très chers amis lecteurs, à marcher encore côte à côte avec nous, sinon même devant nous, pour arriver à relever le défi de la réussite. Nous savons-pour nous répéter-compter sur votre indulgence et votre compréhension. Ensemble sous l’appui de votre fidélité et forts de vos critiques et suggestions, nous sommes sûrs que nous y arriverons.
Une fois de plus : merci pour votre fidélité !